La santé s’impose comme l’un des grands terrains de confrontation programmatique des législatives 2026. Derrière un constat largement partagé — manque de professionnels, hôpitaux sous pression, disparités territoriales et reste à charge encore lourd pour les ménages — les principales formations politiques avancent des réponses différentes sur la manière de transformer la couverture médicale en accès réel aux soins.
Du RNI au PPS, en passant par le PAM, l’Istiqlal, l’USFP, le PJD, le Mouvement populaire et l’Union constitutionnelle, les programmes électoraux placent presque tous l’hôpital, les ressources humaines et la proximité au centre de leurs engagements. Mais les priorités varient : certains misent sur la continuité de la réforme en cours, d’autres sur un renforcement massif du secteur public, une meilleure maîtrise du coût des soins ou encore une nouvelle organisation territoriale.
RNI : prolonger la réforme et généraliser les GST
Pour le Rassemblement national des indépendants, qui dirige le gouvernement sortant, la priorité est de poursuivre la transformation déjà engagée. Le parti veut généraliser les Groupements sanitaires territoriaux (GST) à l’ensemble des régions d’ici 2027, avec l’objectif de créer un parcours intégré reliant les centres de santé de proximité aux centres hospitaliers universitaires.
Le RNI prévoit également de placer le médecin de famille au cœur de cette organisation, de déployer environ 5.000 assistants de santé en milieu rural et de développer davantage la télémédecine. Son programme maintient par ailleurs l’objectif de réhabiliter 1.600 établissements de soins primaires, d’en créer 200 supplémentaires dans les territoires déficitaires et de mettre en circulation 100 unités médicales mobiles.
Sur les effectifs, la formation vise 45 professionnels de santé pour 10.000 habitants à l’horizon 2030, contre 30 actuellement selon les objectifs retenus dans son programme. Elle promet aussi l’achèvement des CHU en cours d’ici 2029, le développement de l’aide médicale urgente autour du numéro 141 et une mise en œuvre progressive du tiers payant dans le public. La révision des prix des médicaments et des mécanismes de remboursement complète le dispositif.
PAM et Istiqlal : l’hôpital public au centre
Le Parti authenticité et modernité fait, lui, de l’hôpital public l’une de ses principales priorités. Son programme prévoit la construction de quatre nouveaux hôpitaux universitaires régionaux à Béni Mellal, Guelmim, Errachidia et Casablanca avant fin 2028, ainsi que la mise à niveau de 1.600 centres de santé de premier niveau et de 90 hôpitaux régionaux et provinciaux.
Le PAM veut également renforcer les conditions d’exercice des professionnels de santé et garantir une présence médicale spécialisée 24 heures sur 24 dans les maternités. Sur le financement, le parti entend agir sur la soutenabilité de l’Assurance maladie obligatoire à partir de la loi de finances 2027, notamment à travers la généralisation des protocoles thérapeutiques, le dossier médical partagé et une meilleure maîtrise de certaines dépenses.
L’Istiqlal privilégie également le renforcement du service public, mais avec un accent plus marqué sur la gouvernance et l’organisation du parcours de soins. Le parti propose la création d’une agence nationale des urgences, une plus grande autonomie de gestion des hôpitaux publics et un parcours coordonné autour d’un médecin référent.
USFP et PPS : davantage de moyens pour le public
L’Union socialiste des forces populaires défend une ligne résolument tournée vers le renforcement du secteur public. Sous le mot d’ordre « La santé est un droit, pas une chance », le parti promet d’augmenter les effectifs médicaux, d’améliorer les infrastructures et de réduire de moitié les temps d’attente.
L’USFP fixe également l’objectif de diminuer de 20% le coût des soins supporté par les familles et veut renforcer le contrôle des cliniques privées. La formation prévoit en parallèle d’achever les CHU en construction et de doubler le nombre de diplômés des instituts de formation aux métiers de la santé.
Le PPS va encore plus loin dans le chiffrage de ses engagements. Son programme prévoit une enveloppe de 47 milliards de dirhams sur cinq ans pour le secteur, accompagnée du recrutement de 15.000 médecins et de 33.500 infirmiers. Le parti ambitionne également de créer 9.000 lits supplémentaires, dont 7.000 dans de nouveaux hôpitaux de proximité et 2.000 grâce à la réhabilitation d’établissements existants.
La formation promet par ailleurs de diviser par deux les délais d’attente, de prise en charge et de remboursement grâce notamment au dossier patient numérique et à une plateforme nationale de rendez-vous. Elle consacre aussi un volet spécifique à la santé mentale des jeunes, avec la création d’unités dédiées dans au moins un tiers des centres de santé de proximité et des consultations gratuites pour les 15-25 ans.
PJD : réduire le coût des soins et sécuriser les médicaments
Le Parti de la justice et du développement concentre davantage son programme sur l’accès effectif à la couverture médicale et sur les dépenses supportées directement par les patients. Le parti affirme vouloir traiter la situation de plus de huit millions de personnes qu’il considère comme exclues de l’AMO.
Parmi ses propositions figurent le rétablissement d’une couverture sanitaire spécifique pour les étudiants, une révision des remboursements des maladies graves et chroniques ainsi que l’interdiction des chèques de garantie parfois réclamés par certaines cliniques avant la prise en charge.
Le PJD veut aussi revoir en profondeur le système de fixation des prix des médicaments et sécuriser les approvisionnements. Sur le numérique, il défend la généralisation du dossier médical électronique, des rendez-vous dématérialisés et des prescriptions numériques.
Mouvement populaire : priorité aux zones rurales
Le Mouvement populaire place la fracture territoriale au centre de son programme sanitaire. Le parti veut cibler en priorité les zones rurales, montagneuses et enclavées, où l’accès aux médecins, aux maternités ou aux spécialités reste plus difficile.
Sa principale proposition consiste à créer des pôles ruraux intégrés regroupant plusieurs services essentiels, notamment un centre de santé, une maternité et une ambulance médicalisée. Le parti veut également instaurer un dossier médical unifié dès la naissance et une plateforme nationale de rendez-vous destinée à simplifier le parcours des patients.
Pour répondre au déficit en ressources humaines, le MP envisage aussi d’autoriser le secteur public à recruter, sous certaines conditions, des médecins et compétences étrangères.
UC : médecin de famille et souveraineté pharmaceutique
L’Union constitutionnelle défend une réforme plus large du système sanitaire. Son programme repose notamment sur une hausse progressive du budget de la santé à l’horizon 2031, avec une programmation financière pluriannuelle orientée vers le personnel, les soins primaires, les infrastructures, la prévention et les équipements.
L’UC veut faire du médecin de famille le point d’entrée du système et créer un dispositif national unifié de prise de rendez-vous. La formation prévoit également une carte sanitaire destinée à mieux répartir les recrutements entre les régions et souhaite mobiliser davantage les compétences médicales marocaines établies à l’étranger.
Le parti ajoute à ces engagements un volet consacré à la souveraineté pharmaceutique : constitution d’un stock stratégique de médicaments et de produits médicaux, soutien à l’industrie nationale et promotion des génériques. Il prévoit également un dossier médical électronique unifié et un recours encadré à l’intelligence artificielle dans le diagnostic et la gestion des ressources.
Même diagnostic, différentes ordonnances
Malgré leurs divergences, plusieurs lignes de convergence se dégagent. Presque tous les partis reconnaissent l’urgence de renforcer les ressources humaines, de mieux répartir les médecins sur le territoire et de développer les structures de proximité. La numérisation du parcours de soins apparaît également comme un point commun, à travers les dossiers médicaux électroniques, les plateformes de rendez-vous et une meilleure circulation de l’information entre établissements.
Les différences portent surtout sur le modèle à privilégier. Le RNI défend la continuité de la réforme institutionnelle et les GST. Le PAM, l’USFP et le PPS insistent davantage sur le renforcement de l’hôpital public. Le PJD se concentre sur le coût supporté par le patient, l’Istiqlal sur la gouvernance du système, le Mouvement populaire sur les déserts médicaux et l’Union constitutionnelle sur une restructuration allant jusqu’à la souveraineté pharmaceutique.
À l’heure où la couverture médicale s’est élargie, le débat électoral se déplace ainsi vers une question plus concrète : comment garantir un médecin disponible, un hôpital accessible et des soins financièrement supportables, quel que soit le lieu de résidence ? C’est sur la capacité à répondre simultanément au manque de personnel, aux inégalités territoriales et au coût de la maladie que les programmes sanitaires des partis seront désormais attendus.


